Agrapole | Interview – Jean De Balathier – Coop de France
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Interview – Jean De Balathier – Coop de France

3 questions à / Jean de Balathier, directeur de Coop de France ARA – 4ème étage Bat D

 

 

« Il faut se réinventer pour faire vivre les valeurs de l’Economie Sociale et Solidaire »

 

 

 

Jean De Balathier a accepté de répondre à quelques questions :

Qu’est-ce que l’économie sociale et solidaire (ESS) pour vous, et en quoi est-ce important ?

 

Jean de Balathier : « L’ESS est fondée sur l’humain et non sur le capital. C’est-à-dire que la répartition du résultat est faite au profit d’associés coopérateurs et non d’actionnaires. C’est une économie qui peut être à la fois coopérative, mutualiste et associative. Je suis moi-même administrateur de la Cress, la fédération régionale des acteurs de l’ESS. Grâce à ce mandat, je suis le porte-voix de Coop de France. Il y a de plus en plus de sujets sur lesquels la Cress  s’investit, qui intéressent les coopératives agricoles. Notamment en ce qui concerne l’économie circulaire, l’alimentation de proximité ou encore le gaspillage alimentaire. Je rajouterais cependant qu’au-delà des valeurs, on a besoin dans l’ESS, de gens qui soient confrontés à l’économie pour faire le lien entre les attentes et la réalité du marché. »

En quoi peut-on dire que Coop de France est un acteur majeur de l’ESS ?

 

Jean de Balathier : « Le principe de la coopération agricole est que les parts sociales des agriculteurs sont mises dans la coopérative. Ces parts sociales sont proportionnelles à l’activité, mais quel que soit le nombre de parts, les adhérents ont le même poids dans l’assemblée. Le capital est peu rémunéré (2 % maximum), car l’objectif est de rémunérer le travail des adhérents au travers de leurs produits. C’est l’assemblée générale qui décide de l’attribution du résultat. Une partie constitue la réserve pour le fonctionnement de l’entreprise, une autre sert à la rémunération des parts sociales et à la redistribution aux adhérents, et enfin, le reste sert aux investissements de la coopérative. La coopérative adhère aussi aux règles internationales de la coopération : l’adhésion est ouverte à tous, le pouvoir est démocratique, il y a une participation économique des membres, il y a une certaine forme d’autonomie et un engagement envers la communauté (les agriculteurs adhérents sont solidaires jusqu’à deux fois le montant de leurs parts sociales). Tous ces points sont partagés avec toutes les familles de coopératives (par exemple les coopératives d’artisans ou les SCOP). Coop de France revendique donc complètement son appartenance à l’ESS mais toutefois en restant bien ancré dans l’économie réelle. Nous ne sommes pas des  associations mais bel et bien des entreprises coopératives avec des enjeux économiques forts et qui partagent des valeurs et une vision de l’humain au centre de leur projet. »

Pensez-vous que l’ESS est une solution d’avenir dans le monde du travail ?

 

Jean de Balathier : « Depuis la loi Hamon de 2014, l’ESS a évolué avec le statut ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale). Cette loi a en effet ouvert l’ESS à d’autres acteurs : des sociétés commerciales qui peuvent dorénavant être qualifiées d’entreprises de l’ESS car elles ont une utilité sociale. Or, aujourd’hui, les acteurs de l’ESS doivent faire face à un bouleversement de la société. Le mouvement de l’ESS se développe de plus en plus, ce qui est une bonne chose, mais parallèlement, un projet de loi, appelé la loi « Pacte », risque de remettre en cause les coopératives dans ce qu’elles ont de particulier. Le gouvernement souhaite mettre en place, sur le modèle de business corporatif américain, des statuts d’entreprise à mission, dont le profit ne serait plus le seul but. Nous sommes donc inquiets vis-à-vis de la banalisation du statut des entreprises sociales et solidaires, qui risque d’effacer les limites entre le marketing et les valeurs réelles.  Ce projet de loi, c’est toute une remise en cause des valeurs de l’ESS. C’est une déconstruction du statut coopératif, car contrairement aux entreprises commerciales, une coopérative n’a pas de relation commerciale avec ses producteurs. S’il n’y a plus de différence de statut qui nous protège un minimum, alors cela pourrait conduire à une disparition des coopératives. Sur ce dernier point, et par rapport aux dernières actualités qui ont secoué le monde de la coopération (notamment l’enquête de « Cash investigation » sur Sodiaal), Coop de France a lancé une démarche au SIA : « Coopérer pour le bien commun ». Afin de retrouver la confiance des consommateurs et producteurs, nous avons lancé une grande consultation auprès des 350 000 agriculteurs coopérateurs et les 150 000 salariés des coopératives agricoles afin de faire émerger des propositions nouvelles pour que les coopératives soient de nouveau bien perçues et bien transparentes. Pour envisager un avenir, il faut que nous réinventions des fonctionnements pour faire vivre les valeurs de l’ESS. »

Propos recueillis par Manon Laurens

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